Les pouvoirs magiques du cerveau – Mieux communiquer pour mieux soigner

La mission première de l’Institut français pour la Recherche odontologique (IFRO) est de soutenir la recherche en accompagnant les jeunes chercheurs dans la mise en œuvre de projets émergents sur le thème de la santé bucco-dentaire. Elle propose ici de mettre en avant les conclusions d’une synthèse bibliographique réalisée par les drs Melin et Montconduit, toutes deux enseignants-chercheurs en neuroscience dans le laboratoire INSERM U1107-Neuro-Dol : les résultats d’études cliniques montrent que la communication patient-soignant impacte grandement l’efficacité des traitements ; quand de simples mots peuvent aider le patient à activer ses propres mécanismes de guérison mais aussi à augmenter l’efficacité de molécules chimiques…

L’effet placebo pour activer les voies de modulation de la douleur

Les effets placebo et nocebo sont les effets bénéfiques ou au contraire nocifs observés, par exemple, suite à l’administration d’un traitement inerte (un placebo). Dans la douleur, il a été montré que l’effet placebo s’accompagne de l’activation des voies de modulation de la douleur. Le cortex préfrontal et les régions du tronc cérébral, telles que la substance grise péri-acqueductale et la région ventro-médiale, sont impliquées. Des molécules analgésiques, tels que des opioïdes endogènes, sont libérées au sein du cerveau (1). Ceci provoque l’inhibition des voies d’intégration des messages douloureux, comme cela a été constaté dans les études d’imagerie cérébrale (2). Sachant que l’intensité de ces effets en pratique clinique peut être majeure, la connaissance et l’utilisation d’un tel phénomène par les praticiens peuvent leur permettre de diminuer la douleur ressentie par leurs patients, de potentialiser l’efficacité des thérapeutiques proposées et aussi d’éviter l’apparition d’effets négatifs. Comment faire ?

L’importance de la relation patient-praticien

Un des facteurs majeurs pouvant moduler ces effets est la qualité de l’interaction entre le patient et le praticien (3). L’importance de la relation est illustrée par une série d’études sur l’effet de substances actives lors d’une administration « ouverte » (le soignant est présent lors de l’administration et rassure son patient) ou « cachée » (c’est une machine qui commande la délivrance la substance). La seule différence entre les deux conditions réside dans la relation avec le clinicien, permettant ainsi d’estimer l’effet de cette relation sur le traitement donné. Le résultat est sans appel : une analgésie significativement plus importante a été montrée chez les patients en interaction avec un praticien par rapport aux patients qui recevaient le même médicament par le biais d’un appareil, que ce soit avec de la buprénorphine, du tramadol ou du kétorolac (4, figure).

Ainsi l’empathie du praticien, qui regroupe sa manière de communiquer et sa capacité à déterminer le bien-être du patient, en utilisant plusieurs outils comme le langage corporel ou les expressions faciales, est cruciale.

L’empathie comme analgésique

Le patient, quant à lui, perçoit l’empathie du soignant comme de la compassion, de la compréhension et ressent donc une meilleure prise en charge, lui permettant de mieux accepter les traitements (1). Il a été démontré que l’empathie réduisait les besoins en analgésiques lors de procédures radiologiques interventionnelles (5). Par ailleurs une attitude empathique vis-à-vis de patients atteints de rhumes communs est associée à des symptômes moins graves et de plus courte durée, ainsi que de meilleures réponses immunitaires, comme le montrent les niveaux de cytokines inflammatoires dans les sécrétions nasales (6). Chez des patients atteints du syndrome du côlon irritable, un groupe a reçu six séances d’acupuncture simulée avec de faibles interactions avec le praticien et l’autre groupe, le même traitement mais avec des interactions prolongées avec le praticien. Deux fois plus de patients du second groupe ont vu leur état s’améliorer.

De plus, malgré la standardisation de la formation des praticiens pour les interactions (chaleureux, amicaux, écoute active, rassurants), certains cliniciens étaient plus efficaces que d’autres en raison de leur capacité empathique plus importante (7).

« Le patient perçoit l’empathie du soignant comme de la compassion, de la compréhension et ressent donc une meilleure prise en charge, lui permettant de mieux accepter les traitements

Il est important de noter que l’inverse est vrai. Les interactions qui revêtent un caractère commercial ou qui créent un doute quant aux compétences du praticien ou l’efficacité d’un traitement peuvent entraîner un effet nocebo ou une réduction de l’effet placebo. On observe d’ailleurs en imagerie cérébrale une activation des zones d’intégration de la douleur liée à un discours anxiogène du praticien (8). Ces effets sont suffisamment importants pour bloquer l’efficacité d’un opioïde puissant (8) ou réverser l’effet d’un anesthésique (9).

Ces effets nocebo et placebo ne doivent pas être considérés comme mystérieux mais comme un phénomène biologique pouvant être compris et exploité par les praticiens qui deviennent, en les utilisant, de véritables « agents thérapeutiques » (10).

Focus

L’IFRO

L’Institut français pour la recherche odontologique (IFRO) est une association de recherche sur les dents, les gencives et la sphère oro-pharyngée. Créé à l’initiative de l’ADF, d’universitaires et de partenaires industriels, l’institut est engagé dans le développement et le rayonnement de la recherche en médecine bucco-dentaire en France. Depuis sa création en 2000, il a financé de nombreux projets et bourses de recherche dans le but d’accroître les connaissances dans les domaines du développement de la dent, de la face, des pathologies bucco-dentaires, des matériaux de reconstitution.

Bibliographie :